Quand les forêts sous-marines perdent de leur « grandeur » avec le réchauffement
Forêt d’Ecklonia maxima en Afrique du Sud
Forêt d’Ecklonia maxima en Afrique du Sud
PatriNat a participé à une collaboration internationale sur les « kelp » qui met en avant une réduction de la taille en hauteur des forêts marines avec la chaleur
Il y a près de 200 ans, Charles Darwin s’émerveillait déjà des forêts marines de « kelp » à bord de l’HMS Beagle. « Le nombre d’êtres vivants de toutes sortes dont l’existence dépend étroitement du kelp est impressionnant… Je ne peux que comparer ces grandes forêts aquatiques… aux forêts terrestres des régions intertropicales. Pourtant, si une forêt était détruite dans un autre pays, je ne pense pas que tant d’espèces animales disparaîtraient comme ici, à cause de la destruction des kelp », écrivait-il à propos de ces algues géantes de la côte Pacifique et des possibles conséquences de leur déclin.
Aujourd’hui le réchauffement des eaux marines a déjà été à l’origine de nombreux épisodes de mortalités massives de ces grandes algues et d’effets en cascade sur les écosystèmes marins. Cependant, pour ces forêts sous-marines, des changements plus subtils et non mortels dans leurs performances, comme la réduction de la taille des algues et donc de la hauteur de la canopée, pourraient être également associés avec le réchauffement climatique.
Une récente étude publiée dans Scientific Reports, issue d’une collaboration avec PatriNat, a testé cette hypothèse sur les changement morphologiques le long de gradients de température dans l’Atlantic Nord-Est et en Afrique du Sud pour deux espèces dominantes de « kelp ». Dans les deux hémisphères, la diminution de nombreux caractères morphologiques et de la biomasse des épiphytes coïncident. Ces résultats alertent sur les effets potentiels, jusqu’ici négligés, de ces changements structurels des forêts sous-marines sur la diversité marine associée.
« A l’heure du dérèglement climatique et de ses impacts, l’observation des écosystèmes est cruciale pour formuler et tester des hypothèses, et ainsi anticiper les changements à venir. Avec cette étude, observer les forêts sous-marines, c’est aussi lire l’avenir des océans. »
(T. de Bettignies).
Thomas Wernberg, Karen Filbee‐Dexter, Thibaut de Bettignies, Jean‐charles Leclerc, Dominique Davoult, et al.. Smaller plants in warmer water could have implications for future Kelp forests. Scientific Reports, 2025, 15 (1), pp.28616. ⟨10.1038/s41598-025-13950-z⟩. ⟨hal-05205026⟩
Répartition géographique des kelps et température de la surface de la mer dans les zones d’étude
Forêt de Laminaria hyperborea en Norvège
Forêt d’Ecklonia maxima en Afrique du Sud